Les Suprêmes dindes

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Les Suprêmes dindes

Message par Syril le Jeu 31 Mai - 14:07

Secrétaires dans la vie, les Suprêmes Dindes se soignent du travail à coup de rock sauvage. Plus de 10 ans que ça dure, c’est dire si c’est douloureux. Mêlant fausse candeur et posture punk, c’est sur scène qu’elles ont bâti leur réputation. Phénoménale. Une énergie déjantée fourrée aux marrons, à laquelle ce troisième album Femmes divines rend pleinement justice.

"Les secrétaires du rock ? Ce ne sera bientôt plus qu’une légende. Nous avons enfin quitté nos postes en entreprise depuis 6 mois" précise Jacqueline Bonjon. Dactylo le jour, au micro la nuit, elle est aujourd’hui une guitariste soulagée. "La vie en entreprise nous a dégoûtées du travail" dénonce-t-elle. Depuis 13 ans, les Suprêmes Dindes sont sur les deux fronts. Guitares et claviers, écrans et suées… Au départ il y a la rencontre de quatre employées à bout lors d’un stage d’expression effectué via leur comité d’entreprise. Eclôt alors cette idée lumineuse : monter un groupe de rock.

Le départ d’un collègue à la retraite met rapidement le feu au fax. "Une fois nos chansons interprétées, nous nous sommes prises au jeu". Question de survie. Comme l’eau à Vittel, le rock aux Dindes, c’est vital. "A force d’en jouer, on a réalisé que cette musique était plus forte que tout. Du coup, on s’y est mise plus sérieusement." Elles qui n’ont aucune culture rock, rentrent dans le tas et vouent depuis un culte aux Américains de Queens of the Stone Age.

Etonnant comme le parcours de cette entreprise singulière a su tirer les fils du hasard providentiel. "On fait du rock parce que le fils d’une de nos collègues en jouait et c’est le matériel qu’il nous a prêté." La voie est donc tracée et enrôle des convertis. "Notre patron a toujours été fan du groupe. Grâce à lui, nos contrats étaient passés à mi-temps puis au quart-temps. Il a lâché son boulot, sa boîte…Il s’occupe maintenant de la régie." La formation est aujourd’hui stabilisée autour de Martine Marelli (guitare, chant), Joseph Dubois (batterie), Anne Dubois (basse) et Jacqueline Bonjon.

Depuis leur création en 1994, le live, c’est sacré. Le compteur est bloqué à plus de 600 concerts en France en Europe et au Canada. Dans l’exutoire de la musique énervée, la scène catalyse toutes les raisons d’être et de faire. "Je pourrais très bien me passer de sortir des disques et ne faire que du live, renchérit Jacqueline. Mais malheureusement, tout le système se met en branle avec la sortie d’un album. Pas de disque, pas de dates."

Rencontres opportunes

Troisième album studio, Femmes divines se pose en trublion décomplexé de la scène rock française. Il a pourtant failli ne jamais voir le jour. "Nous étions dans une situation financière délicate. L’album prêt, nous ne savions pas comment le sortir. Alors nous avons rencontré Mike, le chanteur des Sinsemilla et responsable du label Echo Prod. Il a décidé de parier sur nous." On les place aux côtés des Wampas et des Nonnes Troppo, elles citent aussi les Burning Heads. Quoi qu’il en soit, elles brandissent volontiers les bannières punk et garage.

La section rythmique musclée lorgne vers un heavy-rock fiévreux (Dieu, Femmes divines…) et les guitares se frottent aux aigus d’un rockabilly hybride. Relevée par les airs dévoyés de Jacqueline au chant, cette envie d’en découdre en fera rougir plus d’un. Le point fort du disque ? Coller fidèlement à l’énergie des Dindes. Contrairement aux forfaits précédents. Une réussite enregistrée live en studio, avec aux commandes, Denis Barthe. Le batteur de Noir Désir est aussi réalisateur, "choisi pour son travail sur Fragile des Têtes Raides."

Parmi les 16 titres, dont une reprise râblée du Libertine de Mylène Farmer, des stars se sont jointes aux hostilités. Didier Super et Didier Wampas entre autres, ont répondu au ralliement. Adoubées par ce dernier, elles se reconnaissent dans cette filiation après une tournée partagée il y a trois ans. Leur complicité est depuis balisée. "Sur leur album Rock’n’roll part 9, ils ont fait un morceau sur nous (Tokyo Yaki, ndlr). En retour, nous en avons écrit un pour Didier qui parle de Didier. On est flatté parce qu’il a avoué ne participer qu’exceptionnellement aux demandes de collaboration".

Femmes divines serait donc le fruit de cette conjoncture favorable, celui qui signe les virages dans une carrière. Jacqueline exhulte : "on est en train de vivre un rêve…" Le constat n’en donne que plus de relief au message versé avec gravité dans les textes : "Entendre que l’on ne peut rien changer, rien y faire, c’est ce qui nous agace le plus. La vie est dure et nous avons la mission de dire aux gens de se bouger le cul."

Les Suprêmes Dindes, Femmes divines, (Echo Prod/Exclaim) 2007

Pascal Bagot pour RFI

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A titre de représaille, il hurlait de plus belle et de plus laide

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